La stratégie de Nicolas Sarkozy consistant à créer un secrétariat d’État à la famille pour satisfaire l’aile catholique de l’UMP mais d’y placer Nadine Morano, connue pour ses positions ouvertes sur l’exception d’euthanasie et l’homoparentalité pour ne pas effrayer ses supporters progressistes paraissait plutôt habile. Mais le Président de la République, en voulant contenter tout le monde, risque de ne contenter personne. La présidente du CNI, parti fondateur et associé de l’UMP, Annick du Roscoät, a en effet rendu public un communiqué dans lequel elle considère que « la création d’un secrétariat d’État à la famille [est] une réponse positive à [sa] demande formulée dans [sa] lettre ouverte au Président de la République du 4 mars, mais nommer à ce poste celle qui incarne sa destruction est stupéfiant ».
Et les progressistes risquent également d’y être pour leur frais. Car même si on peut penser que les prises de positions de Mme Morano sur les questions de société sont sincères, ses marges de manœuvre, dans un gouvernement qui ne brille pas particulièrement par son ouverture sur ces questions, risquent d’être réduites.
Dans tous les cas, Nicolas Sarkozy se coupe encore un peu plus de son électorat de droite-extrême et d’extrême-droite dont l’adhésion à son programme avait largement contribué à son succès lors de la dernière présidentielle.
Fin janvier sortait dans l’indifférence générale le livre « Homme et Femme Il les créa ». Le 13 mars dernier pourtant, l’AEF, agence de presse spécialisée dans le domaine de l’éducation, sortait une dépêche selon laquelle cet ouvrage aurait été envoyé aux documentalistes de plusieurs lycées français créant ainsi une polémique.
Certains des auteurs de ce recueil de texte publié par les Éditions François-Xavier de Guibert ne sont en effet pas des inconnus. Christian Vanneste tout d’abord, député UMP-CNI de Tourcoing, battu sévèrement lors du premier tour des dernières municipales et condamné par la justice pour « injures en raison de l’orientation sexuelle » en 2006. Tony Anatrella ensuite, prêtre psychothérapeute, connu pour pour ses prises de positions sur l’homosexualité qui est selon lui « une orientation sexuelle recherchée pour elle-même, en contradiction avec l’identité sexuelle, est toujours l’expression d’un sérieux problème » et qui avait été pris dans une tourmente judiciaire en 2006 comme nous le racontait le Nouvel Observateur. A côté de ces deux têtes d’affiche on trouve également Marie Balmary, psychanalyste et « chercheuse » sans formation universitaire, Rémi Brague, professeur de philosophie médiévale à la Sorbonne et auteur, entre autre, de « L’Europe malade de la Turquie », Henri Brincard, évêque du Puy-en-Velay, soeur Marie-Pierre, Anna-Marie Libert et Marie Hendrickx.
Le résumé du livre proposé par l’éditeur laisse également songeur:
L’Ecriture proclame la dualité des sexes, et l’égale dignité de l’homme et de la femme.
Une femme, Marie, est Mère de Dieu ! Une femme, Madeleine, s’est entendu dire : » Partout où sera proclamée cette bonne nouvelle, dans le monde entier, on redira ce que cette femme vient de faire » (Mat. 26,13). Que faut-il de plus pour comprendre le dessein du Créateur ? Mais notre société a perdu ses repères. La libération de la femme n’a pas supprimé le drame des avortements. Les homosexuels revendiquent un mariage que les couples délaissent.
Ce recueil de texte a été réuni par l’ « Académie d’éducation et d’études sociales », nom pompeux choisi sans doute par soucis de respectabilité et pour laisser croire à une institution publique de recherche. Il n’en est évidemment rien. Il semblerait plutôt qu’il s’agit d’un réseau catholique dont le but est de faire du lobbyisme en faveur de la doctrine de l’église. La description des buts de l’association sur son site ne le cache d’ailleurs même pas.
Voilà donc ce qui est arrivé dans les établissement scolaires de nos enfants: un ouvrage écrit par une joyeuse bande de réactionnaires, sans aucun fondement scientifique et servant à délivrer la doctrine sociale de l’église en ce qui concerne les rapports sociaux de sexe.
Cette affaire n’est pas sans rappeler, toute proportion gardée, celle de l’ « Atlas de la création », ouvrage créationniste écrit par Adnan Oktar, envoyé à des dizaines de milliers d’exemplaires dans les écoles françaises début 2007. Elle s’en rapproche dans la méthode de diffusion employée mais aussi dans le dessein car de la même façon que l’ « Atlas de la création » s’attaquait aux théories de l’évolution, « Homme et Femme Il les créa » s’attaque aux théories des rapports de sexe/genre. Et autant il n’est pas interdit de remettre en cause des théories scientifiques, autant il faut le faire de manière scientifique et non pas dogmatique comme c’est le cas dans ces deux ouvrages.
Il n’y a rien à dire contre l’écriture de « Homme et femme Il les créa » mais la place de cet ouvrage est sur les étagères des librairies catholiques ou dans les rayons spécialisés des librairies grand public, certainement pas dans les centres de documentation des écoles publiques et laïques françaises. On peut en tout cas se féliciter de la vigilance dont ont fait preuve les documentalistes des écoles françaises.
L’Élysée a annoncé aujourd’hui un remaniement ministériel. Quelques nouveaux visages, certains intitulés de ministères ou de secrétariat d’État qui changent mais aucun grand bouleversement.
Yves Jégo qui était jusque là porte-parole de l’UMP remplace Christian Estrosi au secrétariat d’Etat à l’Outre-mer, ce dernier, élu à Nice, ayant démissionné du gouvernement pour se consacrer à son poste de maire.
Nadine Morano occupera le poste de secrétaire d’État à la famille auprès du ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité, Xavier Bertrand. La création de ce secrétariat d’État n’est sans doute pas étrangère aux pressions exercées par la partie droitière de l’UMP et en particulier de la présidente du CNI Annick du Roscoät qui écrivait il y a quelques jours une lettre (pdf) au Président de la République demandant la création d’un ministère de la famille. Battue largement dimanche lors des municipales dans la ville de Toul, Nadine Morano semble profiter d’une « prime à la défaite ».
C’est le cas également de Christian Blanc, membre du Nouveau Centre, battu au Chesnay, qui devient quant à lui secrétaire d’État chargé du développement de la région capitale.
L’ancienne présidente de la SNCF, Anne-Marie Idrac devient secrétaire d’État au commerce extérieur.
Hubert Falco, sénateur-maire de toulon, largement réélu lors du premier tour des municipales se voit confier le poste de secrétaire d’État chargé de l’aménagement du territoire.
Alain Joyandet est nommé pour sa part secrétaire d’Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie.
Luc Châtel, qui est l’un des rares à avoir fait basculer une ville (Chaumont) à droite lors de ces municipales, se voit confier le poste de porte parole du gouvernement et devient secrétaire d’État à l’Industrie et à la Consommation.
Les municipales n’auront donc eu aucun effet sur la composition du gouvernement. Les ministres contestés comme Christine Lagarde ou Christine Albanel restent en place, les battus (Darcos et Yade) conservent également leur poste et mieux d’autres battus (Morano et Blanc) viennent les rejoindre. Drôle de façon d’écouter le message des français…










