Samedi dernier ont été révélés les noms des têtes de listes socialistes pour les européennes de juin prochain. Entre respect des rapports de force entre motions du congrès de Reims, de la représentativité des territoires et de la parité, la constitution des listes n’a pas dû être aisée à Solférino, et certaines de ces dernières ont de quoi surprendre.
En Île-de-France, c’est l’ancien porte-parole d’SOS Racisme, eurodéputé sortant et proche de Bertrand Delanoë, Harlem Désir, qui conduira la liste socialiste. Pervenche Bérès, proche de Martine Aubry et Benoît Hamon, porte parole du parti, occuperont les deux places suivantes.
Dans l’Ouest, c’est une quasi-inconnue, eurodéputée sortante, conseillère municipale de Poitiers et proche de Ségolène Royal, Bernadette Vergnaud, qui sera à la tête de la liste du PS. Stephane Le Foll, ancien directeur de cabinet de François Hollande lorsqu’il était premier secrétaire, qui était pressenti pour conduire la liste, devra se contenter de la deuxième place. La bretonne Isabelle Thomas, proche de Benoît Hamon, sera numéro trois.
Dans le Nord-Ouest, la première secrétaire aura finalement réussi à imposer Gilles Pargneaux, 1er secrétaire du PS dans le Nord, comme tête de liste. De quoi faire grincer certaines dents… Suivent sur la liste deux autres proches de Martine Aubry, Estelle Grellier et Jean-Louis Cottigny, la normande Clotilde Valter, proche de Bertrand Delanoë prennant la quatrième place.
Dans l’Est, l’ancienne ministre de la culture et eurodéputée sortante Catherine Trautman sera tête de liste. L’économiste Liêm Hoang-Ngoc occupera la deuxième place. En numéro trois, on retrouve avec surprise la député proche de Ségolène Royal, Aurélie Filippetti. Martine Aubry avait fait du non cumul des mandats un impératif pour la cadidature aux européennes, cela semble facultatif pour les royaliste… A moins que Mme Filippetti quitte son poste de député dans le cas -très probable- où elle serait élue à Strasbourg, ce qui montrerait le peu de respect qu’elle a pour les électeurs de sa circonscription…
Dans le Sud-Est, c’est Vincent Peillon qui conduira la liste « contre sa volonté ». Le lieutenant de Ségolène Royal se serait bien vu dans le Nord, il est finalement parachuté dans le Sud-Est. La conseillère régionale de Rhône-Alpes Sylvie Guillaume et le royaliste Karim Zeribi, accompagneront Peillon sur la liste.
Dans le Sud-Ouest, le Delanoïste et eurodéputé sortant Kader Arif conduira la liste avec, pour les places suivantes, la proche de Benoït Hamon Françoise Castex et le royaliste Eric Audrieu.
Dans la circonscription Centre, le proche de Martine Aubry Henri Weber sera numéro un devant Cécile Jonathan et le maire d’Aurillac Alain Calmette.
Dans la circonscription Ultra-Marine enfin, c’est la réunionaise Ericka Bareigts qui conduira la liste, accompagnée du guadeloupéen Patrice Tyrolien.
Comme je le disais dans mon précédent article, le député communiste André Chassaigne a proposé un amendement lors de l’examen de la loi sur les OGM à l’assemblée nationale qui stipule que les OGM « ne peuvent être cultivés, commercialisés ou utilisés que dans le respect de l’environnement et de la santé publique, des structures agricoles, des écosystèmes locaux et des filières commerciales qualifiées « sans organisme génétiquement modifié »». Cet amendement 252, voté grâce au ralliement de quelques députés de la majorité, est d’ailleurs la source du coup de gueule de Nathalie Kosciusko-Morizet envers Jean-François Copé et Jean-Louis Borloo.
Mais comme je le signalais également, cet amendement a toutes les chances de disparaître lors de l’examen du texte en seconde lecture. La gauche a donc décidé de défendre cet amendement en créant le « Comité 252″ (qui a son blog) et invite les citoyens à signer une pétition demandant « solennellement au gouvernement de s’engager à respecter le vote du Parlement et de s’opposer à toute tentative de suppression de l’amendement 252 jusqu’à l’adoption définitive de la loi ».
Le 4 août dernier, nous fêtions le 25ème anniversaire de la dépénalisation de l’homosexualité. L’occasion pour mon blog de revenir sur l’histoire du mouvement pour l’égalité des droits.
1791: Le code pénal issu de la révolution abandonne le crime d’homosexualité entre adulte consentants. 1810: Le code napoléonien reprend cette liberté mais l’âge de la majorité sexuelle devient source de discrimination en étant fixé à 18 ans pour les homos contre 15 pour les hétéros. 8 mars 1933: Ouverture des premiers camps de concentration en Allemagne nazie. A Berlin, considérée comme la capitale de la liberté homosexuelle, les lieux de rencontre, bars et cafés homos sont fermés, les personnes qui les fréquentaient sont arrêtées, incarcérées ou déportées en application de l’article 175 du code pénal allemand qui réprime les relations « contre nature » entre hommes. Le but du système nazi ne sera pas d’exterminer les homosexuels mais de les « rééduquer ». Peu périront dans les camps d’extermination. Beaucoup par contre trouveront la mort dans les camps de concentration où ils seront affublés du triangle rose pour les déportés allemands ou de la barrette bleue des asociaux pour les autres nationalités. Les Allemands les placeront au plus bas de la « hiérarchie concentrationnaire » et ils devront en plus faire face à l’homophobie régnant parmi leurs compagnons d’infortune. Ils subiront aussi les expériences « médicales » (implantation de glandes synthétiques, castration, trépanation, etc.) toujours dans le but de les « rééduquer ». Désignés souvent pour réaliser les travaux les plus durs et / ou les plus humiliants, leur taux de mortalité dans les camps sera plus élevé proportionnellement que celui des autres groupes. 1942: Le régime vichyste réprime fortement les relations homosexuelles et passe l’âge de la majorité sexuelle pour les homos à 21 ans en modifiant l’alinéa 1 de l’article 334 du code pénal. Il n’y aura pas de déportation organisée des homosexuels sous Vichy, seuls les hommes s’approchant de trop près des dignitaires allemands seront envoyés vers les camps avec la barrette bleue des asociaux. Dans les départements français annexés par l’Allemagne, la police française fournira à l’occupant des listes d’homosexuels illégalement constitués. Selon les dernières recherches des historiens, 210 personnes de ces départements seront déportées vers les camps pour homosexualité. Entre 1933 et 1945, cent mille homosexuels, toutes nationalités confondues, seront arrêtés, quinze mille d’entre eux seront déportés, les deux tiers d’entre eux ne reviendront jamais des camps.1945: A la libération, le régime gaulliste ne supprime pas les discriminations contrairement à la plupart des dispositions prises sous Vichy et l’ordonnance du 8 février 1945 réprime encore tout « acte impudique ou contre nature » entre personnes de même sexe et de moins de 21 ans (l’alinéa 1 de l’article 334 devient l’alinéa 3 de l’article 331 du code pénal).
Rentrés des camps, les déportés homosexuels ne sont pas reconnus comme des victimes que ce soit en France ou en Allemagne où l’homosexualité est toujours pénalisée. Ce n’est que dans les années 80 que la déportation homosexuelle commencera à refaire surface et au début des années 2000 qu’elle sera reconnue par l’État français. 1960: Toujours sous De Gaulle, l’amendement du député UDR Paul Mirguet classe l’homosexualité « fléau social » et donne au gouvernement le droit de légiférer par décret pour la combattre. Le 25 novembre de la même année, une loi doublant la peine maximum pour outrage public à la pudeur dans le cas de rapports homosexuels (alinéa 2 de l’article 330) est votée. 1968: La France adopte la classification de l’OMS classant l’homosexualité dans les maladies mentales. 1971: Création du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR). 1974: La majorité légale passe de 21 ans à 18 ans, la majorité sexuelle des homos, calquée sur la majorité légale, suit le même mouvement. La discrimination entre homos et hétéros (dont la majorité sexuelle reste à 15 ans) perdure. Février 1978: La plupart des titres de la presse homosexuelle de l’époque sont interdits par le ministère de l’intérieur. 1978: Henri Cavaillet, sénateur radical du Lot-et-Garonne, dépose une proposition de loi visant à supprimer l’alinéa 3 de l’article 331 et l’alinéa 2 de l’article 330. Proposition de loi rejetée par l’assemblée nationale.
Création du « Comité d’urgence Anti-Répression homosexuelle » visant à lutter contre l’article 331 du code pénal. 1980: L’amendement du député Jean Foyer, président de la commission des lois de l’assemblée nationale, visant à maintenir le « délit d’homosexualité » pour les relations de 15 à 18 ans est voté en troisième lecture par la majorité RPR. Deux jeunes homos de 17 ans peuvent ainsi toujours être inculpés pour « coups et blessures réciproques ».1981: Élection de François Mitterrand à la présidence de la république. 11 juin 1981: Une circulaire provenant du ministère de l’intérieur de Gaston Deferre à la hiérarchie policière interdit le « fichage des homosexuels, les discriminations et à plus forte raison, les suspicions antihomosexuelles ». Le ministre met aussi fin au « groupe de contrôle homosexuel » en charge de ce fichage et dissout la brigade homosexuelle à la brigade de Paris. 12 juin 1981: La France ne reconnaît plus la classification de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) faisant de l’homosexualité une maladie mentale. Avril 1982: L’évêque de Strasbourg, Mgr Elchinger, déclare que les homosexuels sont des « infirmes ». Pierre Seel, déporté à l’âge de 17 ans pour homosexualité réagit vivement et sort la déportation homosexuelle de l’ombre. 27 juillet 1982: Après de longs débats, l’assemblée nationale adopte une proposition de loi soutenue notamment par Gisèle Halimi, rapporteuse, et le député Raymond Forni, et défendue par Robert Badinter, garde des sceaux, abrogeant définitivement les restrictions introduites en 1942 et confirmées en 1945. La majorité sexuelle passe à 15 ans pour tous. Badinter prononcera ces quelques mots lors des débats sur la dépénalisation:
»L’assemblée sait quel type de société, toujours marquée par l’arbitraire, l’intolérance, le fanatisme ou le racisme a constamment fait la chasse à l’homosexualité. Cette discrimination et cette répression sont incompatibles avec les principes d’un grand pays de liberté comme le notre. Il n’est que temps de prendre conscience de tout ce que la France doit aux homosexuels comme à tous ses autres concitoyens dans tant de domaines ». « La discrimination, la flétrissure qu’implique à leur égard l’existence d’une infraction particulière d’homosexualité les atteint – nous atteint tous – à travers une loi qui exprime l’idéologie, la pesanteur d’une époque odieuse de notre histoire. Le moment est venu pour l’Assemblée d’en finir avec ces discriminations comme avec toutes les autres qui subsistent encore dans notre société car elles sont indignes de la France ».
La loi du 4 août 1982 adoptée le 27 juillet 1982 supprime la répression légale des gays via une majorité sexuelle identique entre homos et hétéros. 1982: L’assemblée nationale met fin à des dispositions faisant référence aux « moeurs » qui permettaient aux bailleurs d’exclure des locataires homos et qui empêchaient ces derniers d’accéder à la fonction publique. 25 juillet 1985: L’assemblée nationale adopte un amendement de Jean-Pierre Michel étendant le champ des lois antiracistes aux discriminations en raison des moeurs. 1991: La majorité de gauche à l’Assemblée Nationale fait barrage à une tentative du Sénat à majorité RPR de recriminaliser l’homosexualité comme sous le régime de Vichy. 1992: Adoption de deux amendements du Contrat d’Union Civile par le parlement dont un sera jugé inconstitutionnel. La Sécu doit désormais reconnaître la qualité d’ayant-droit « à toute personne à charge affective permanente » d’un assuré social qui en fera la demande quel que soit son sexe.17 mai 1993: L’OMS supprime l’homosexualité de la liste des maladies mentales, cette date sera choisie plus tard pour la « journée internationale contre l’homophobie ». 1993: Publication du livre « Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel ».
Septembre 1993: Le petit Robert adapte sa définition du mot amour, jusqu’ici « relations entre un homme et une femme » devient « relations entre deux individus ». 6 juillet 1995: A la demande de la ministre de la solidarité entre les générations Colette Codaccioni, la ministre de la santé Elisabeth Hubert censure certaines images mettant en scène des couples homosexuels de la campagne ministérielle contre le SIDA. 13 Septembre: Joël Bateux, maire MDC de Saint-Nazaire annonce que sa commune délivrera des certificats de vie commune aux couples homosexuels. 29 novembre 1995: Jacques Toubon, garde des sceaux, déclaré à l’assemblée nationale: « Il n’est pas question de créer le Contrat d’Union Civile, il est au contraire question de favoriser dans le pays les mariages et les naissances ».9 octobre 1998: Une première mouture du PaCS est proposé à l’assemblée nationale. L’opposition RPR, UDF et DL la combat fermement. La majorité socialiste quant à elle, très frileuse, déserte les bancs de l’assemblée lors du vote. Malgré les efforts d’Elisabeth Guigou, garde des sceaux de l’époque, la motion d’irrecevabilité déposée par le député RPR Bernard Accoyer (actuel président de l’assemblée nationale) l’emporte. 3 Novembre 1998: La majorité socialiste propose un nouveau texte. En deux jours l’opposition dépose 1200 amendements. La bataille anti-PaCS est menée par la députée alors UDF Christine Boutin qui brandira sa bible à l’assemblée nationale et y prononcera une argumentation anti-PaCS de cinq heures. Parmi les autres députés les plus hostiles à la loi on trouve Claude Goasguen, Dominique Dord, Renaud Muselier, Renaud Dutreil, Jacques Myard ou Pierre Lellouche. 31 janvier 1999: Les slogans homophobes sont d’une violence rare lors d’une manifestation anti-PaCS à laquelle participe plusieurs députés RPR et UDF (dont Boutin): « Les homosexuels d’aujourd’hui sont les pédophiles de demain », « Les pédés au bûcher! ». 13 octobre 1999: Après l’avoir sabordée délibérément dans un premier temps, le PaCS est votée par la majorité socialiste de Lionel Jospin, défendu par Elisabeth Guigou. La loi sera promulguée le 15 novembre de la même année.
26 avril 2001: L’État évoque pour la première fois la déportation pour l’homosexualité par la voix du Premier Ministre Lionel Jospin. 2004: Cinq ans après la promulgation de la loi, plus de 2000000 PaCS ont été signés. Janvier et février 2005: Christian Vanneste, député UMP du Nord se distingue par des propos homophobes rapportés par les journaux « La voix du Nord » et « Nord Éclair ». Il déclare entre autres que « l’homosexualité est une menace pour la survie de l’humanité [...] » ou encore « Le critique les comportements, je dis qu’ils sont inférieurs moralement [...]« . 25 novembre 2005: Pierre Seel décède à l’âge de 82 ans. 24 juillet 2006: Vanneste est reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Lille d’injures en raison de l’orientation sexuelle. La peine sera confirmée en appel. 6 juillet 2006: Vanneste dépose une proposition de loi à l’assemblée nationale visant à supprimer l’article de loi qui a servi de support à sa condamnation.
2007: Dans un questionnaire envoyé par l’inter-LGBT aux candidats à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy déclare vouloir créer un Contrat d’Union Civile (CUC) réservé aux homosexuels et annonce la suppression, à terme, du PaCS. Déclaration passée sous silence par les médias. Pourtant, ce projet sarkozyste était critiquable à double titre. D’une part il créait un contrat communautariste alors même que les associations LGBT avaient tout fait depuis les années 70 pour retirer toute référence aux préférences sexuelles des lois françaises, d’autre part, il supprimait la possibilité pour les hétérosexuels ne souhaitant pas passer par la mairie mais désireux de voir leur couple reconnu de contracter un PaCS. Heureusement, après son élection, sous la pression des associations LGBT, Nicolas Sarkozy semble avoir abandonné le projet de suppression du PaCS. Reste le CUC. Le projet devait normalement voir le jour cet automne. On peut penser qu’étant donné le climat social déjà bien houleux, Sarkozy ne prendra pas le risque de s’avancer sur un sujet qui pourrait provoquer des fractures visibles au sein de sa majorité.
Pour ce qui est de Christian Vanneste, le moins que l’on puisse dire est que sa condamnation n’a pas freiné sa carrière politique. En effet, peu après il est devenu vice-président de son parti le CNI. Aux législatives de juin dernier, il a été réélu député de la dixième circonscription du Nord avec plus de 58% des suffrages. Malgré la promesse de Sarkozy de ne pas l’investir à cette élection, le député du Nord n’a trouvé aucun candidat UMP face à lui et a, de plus, été soutenu par la fédération UMP locale. Comble de l’hypocrisie présidentielle, Nicolas Sarkozy a fait de Tourcoing un des objectifs prioritaires de l’UMP pour les prochaines municipales (si l’UMP prenait cette ville, elle pourrait dans le même temps faire basculer la communauté urbaine de Lille), Tourcoing où la tête de liste UMP sera … Christian Vanneste.
Aujourd’hui en France, trois agressions physiques homophobes ont lieu chaque semaine et le taux de suicide chez les jeunes homosexuels est treize fois supérieur à la moyenne nationale. La faute, entre autres et malgré une relative évolution des esprits, à une homophobie ambiante dans notre société, légitimée par les propos de certains personnages publics et relayée par des réseaux de droite et d’extrême droite encore très conservateurs.
Au niveau international, l’homosexualité est encore criminalisée dans environ 80 pays. Dans 9 d’entre eux, les homosexuels risquent même la peine de mort: l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Afghanistan, la Mauritanie, le Soudan, le Nigeria, le Yémen, le Pakistan et les Émirats Arabes Unis. Il y a quelques mois en Iran, deux jeunes de 16 et 18 ans étaient pendus en place publique pour leur homosexualité supposée…
La France à coté pour un havre de paix, mais ce n’est pas parce qu’on peut trouver pire ailleurs qu’il ne faut vouloir mieux ici…
Jeudi dernier, Caroline Fourest,sociologue et journaliste, signait une tribune remarquable dans Libération. La voici retranscrite:
J’ai voté Ségolène Royal. Moins par adhésion que pour faire barrage au projet de société de Nicolas Sarkozy. Pendant toute cette période, j’ai du taire mes agacements de féministe radicale face à son féminisme électoraliste: « Votez pour moi parce que je suis une femme…, Je saurai gouverner parce que je suis une bonne mère. » Sans parler des envolées lyriques façon « Aimez-vous les uns les autres » ou de sa sortie grotesque sur les femmes policières – qu’il faudrait raccompagner, pauvres choses, après leur service. Mais l’heure n’est plus à l’union sacrée. En tout cas pas avant une bonne dose d’autocritique. D’où la floraison d’ouvrages analysant les raisons de la défaite et donc critiquant, ici ou là, le style Royal. Que répond celle qui aspire à demeurer l’une des leaders de la gauche socialiste? « Sexisme! » Une fois encore.
Elle aurait pu choisir la contre-attaque féroce, devancer la critique ou la relever sur le mode ironique. Elle aurait pu, par exemple, trouver comique de se voir donner des leçons sur le mode « Comment la gauche aurait pu gagner » de la part de… Lionel Jospin. Mais non, il a fallu qu’elle en rajoute sur le mode de la femme victime. « Si j’étais Jeanne D’Arc, on m’aurait brûlée! ». Et voilà le féminisme une fois de plus malmené, dénaturé, instrumentalisé pour esquiver des coups pourtant bien légitimes.
A force, Ségolène Royal va finir par ajouter une nouvelle catégorie, le féminisme victimaire, à la longue liste de déclinaisons que le féminisme comporte déjà. Pour n’en citer que quelques-uns… Le « féminisme radical » souhaite déconstruire l’incitation sociale au masculin et au féminin pour obtenir une égalité dans le droit à l’indifférence, voire le droit à l’indifférenciation. Le « féminisme lutte des classes » fait du combat pour les droits des femmes une sous-catégorie de la lutte des classes. Le « féminisme différentialiste » prône la mise en valeur du féminin en insistant sur ses vertus naturelles et sur la complémentarité avec le masculin.
Soyons juste, le féminisme victimaire de Ségolène Royal n’est ni si réactionnaire ni si novateur. Il incarne surtout une sous-catégorie malheureuse du féminisme paritaire. Le dommage collatéral attendu et craint d’une avancée stratégique indéniable, la parité; mais qui entre les mains de femmes politiques plus tacticiennes que théoriciennes, a débouché sur la tentation de vouloir valoriser l’apport des femmes à la politique comme étant une vertu en soi et non une étape nécessaire pour appliquer l’un des plus beaux principes de notre République: l’égalité. Bien sur, la frontière entre posture victimaire et égalitaire est toujours difficile à distinguer. Et il y a eu, pendant cette campagne, des attaques que Ségolène Royal n’aurait pas essuyées si elle avait été un homme. Mais raison de plus pour ne pas dégainer la carte du sexisme lorsque des critiques s’adressent enfin à la femme politique et non plus seulement à la femme. Caroline Fourest, Libération du jeudi 20 septembre 2007.
(Première parution le vendredi 21 septembre 2007).
Le 24 septembre prochain sortira chez Flammarion « L’impasse » de Lionel Jospin. Les bonnes feuilles de ce livre sont déjà sorties dans la presse, et le moins que l’on puisse dire est que l’ancien Premier ministre ne ménage pas l’ancienne candidate PS à la présidentielle..
Pour commencer, évacuons tout de suite la polémique sur la légitimité de Jospin à critiquer la campagne de Royal. Pour moi, un homme qui a été cinq ans Premier ministre, neuf ans premier secrétaire du PS et deux fois candidat à l’élection présidentielle, quand bien même il n’a jamais été élu, est légitime pour analyser la campagne de la candidate de son parti, sinon pas grand monde ne l’est.
Contrairement au torchon anti-Royal commis par Claude Allègre, il signe ici une critique politique le la campagne de la candidate socialiste. Il critique la mise à l’écart du PS par Royal durant la campagne, le discours anti-experts de cette dernière, « leitmotiv [appartenant] d’habitude à l’extrême droite ou aux mouvements populistes ». Il pointe aussi du doigt les jurys citoyens, version « démagogique » de la démocratie participative, la proposition de la candidate de supprimer la carte scolaire ou sa vision de la sécurité. Il souligne toutefois le « courage » et « l’aplomb » de Royal durant la campagne.
Coté petites phrases, Jospin estime que Ségolène Royal est « une personnalité [qui] n’a pas les qualités humaines ni les capacités politiques » nécessaires pour remettre le parti socialiste en ordre de marche et « espérer gagner la prochaine présidentielle ». Il poursuit en décrivant Royal comme « une candidate qui était la moins capable de gagner » et « une illusion qui ne doit pas se prolonger ». Il lance enfin un appel aux militants socialistes en les prévenant qu’ »avoir commis une erreur [en désignant Royal] ne justifie pas qu’on la réitère ». Errare humanum est, perseverare diabolicum, c’est sans doute ce qu’il faut retenir de ce livre.
La réponse de Royal ne s’est pas fait attendre: « Je crois malheureusement qu’il y a – c’est peut être inconscient – dans toutes ces attaques, du sexisme [...], je pense que cela s’apparente au racisme [...]. Je me demande pourquoi tant de violence, pourquoi tant de violence, pourquoi tant de haine, presque? Ce qui me vient à l’esprit c’est cette parole de la Bible: « Pardonnez-leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font ». Donc je pardonne à tous ceux qui m’agressent, parce que d’abord je pense qu’ils me font moins de mal à moi qu’aux socialistes, qu’à toute la gauche [..]. J’ai l’impression en lisant ces ouvrages que si j’étais Jeanne d’Arc, j’aurais été brûlée vive. » Réaction qui semble donner raison aux attaques de Jospin car Royal est encore une fois incapable de répondre sur le plan politique à des critiques politiques. Au lieu de cela elle nous ressert (encore!) le cliché de la pauvre petite Ségolène, décidément incomprise par tous ses collègues misogynes. Pathétique… Car autant l’accusation de sexisme était juste avec Fabius qui demandait qui allait garder les enfants, autant avec Jospin qui est sans doute l’homme politique qui a fait le plus pour la promotion des femmes en politique, elle est un peu déplacée.
Le but du livre de Jospin est assez clair: empêcher Royal de prendre les rennes du PS lors du congrès de 2008. Des premiers secrétaires possibles il y en a foison au PS. Espérons que leurs candidatures seront étudiées attentivement par les militants et que ces derniers ne se laisseront pas griser, encore une fois, par les sondages d’opinion.